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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Métamorphoses straussiennes

Metamorphoses Strauss

Voici une proposition aussi curieuse qu'inédite : présenter deux œuvres de musique de chambre de Richard Strauss associées à des transcriptions chambristes de deux autres pièces orchestrales. L'idée en revient au collectif de musiciens de l'Orchestre de Paris, Le OFF, formation à géométrie variable, qui a choisi de se spécialiser dans une approche considérant musique de chambre et répertoire orchestral comme un tout indissociable. Au-delà de sa singularité, le programme est défendu avec une indéniable maestria.

La richesse de son répertoire opératique ne doit pas faire oublier que Richard Strauss a aussi écrit pour la petite forme chambriste. Dès sa jeunesse, en 1881, il compose une Sérénade pour vents op.7 en Si bémol majeur, réunissant 13 instruments : flûte, hautbois, clarinette et basson par deux, outre 3 cors et un tuba. Cette combinaison lui permet un habile mélange de timbres pour un indéniable souci de couleurs et un sens certain du rebondissement. Comme on le ressent dans une œuvre qui, d'un seul tenant et en à peine dix minutes, réserve trois parties : une entame adagio débouchant vite sur un allegro mélodieux, puis une autre introduite par le hautbois pour installer une romance qui elle-même bascule dans une progression dramatique jusqu'à un point d'orgue, signal d'une dernière séquence s'acheminant vers une conclusion apaisée. Le chef Hans von Bülow l'inscrira rapidement au programme de ses concerts, reconnaissant son intérêt musical. Au soir de sa vie, Richard Strauss fera précéder son ultime opéra, Capriccio, d'une Ouverture en forme de sextuor à cordes, idéale entrée en matière à cette ''Conversation en musique''. Car ce court et intense épanchement mélodique est d'une rare intensité en même temps qu'un hymne à la beauté des arts que vont chanter les protagonistes de la pièce. Les six musiciens du OFF rivalisent de raffinement et de chic français.

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Le programme propose aussi deux transcriptions pour ensemble chambriste d’œuvres orchestrales. Ainsi de Till Eulenspiegel lustige streiche, arrangé par Franz Hasenoehrl sous le titre de ''Till Eulenspiegel, einmal anders !'' (une fois autrement !). Il s'agit d'un quintette pour violon, contrebasse, clarinette, cor et basson. Improbable idée a priori que de vouloir réduire ainsi le brillant orchestre straussien saisissant les joyeuses farces de l'espiègle Till. Et pourtant, à y regarder de près, rien n'est trahi des intentions de son auteur et de la sagacité d'une écriture qui reste toujours transparente. Ceci explique cela. Les facétieuses aventures de Till, refrain & couplets, conservent toute leur acuité : séquences du prêche aux dévots à travers une mélodie populaire, des amours du bonhomme qui se voit repoussé, ou encore du discours pour les pédants devant qui il prône les bienfaits du rire, et de la fin tragique, car à trop vouloir duper, on est berné soi-même. On est plus dubitatif sur l'arrangement pour septuor à cordes, dû à Rudolf Leopold, des Métamorphoses pour 23 cordes solistes (1945). Est-il besoin de réduire à deux violons, deux altos, deux violoncelles et une contrebasse, ce qui se veut déjà écrit avec une étonnante économie et doit sonner ''comme de la musique de chambre'' dans toute bonne exécution ? Est-ce pour se rapprocher plus encore de Capriccio et de son Sextuor et créer un effet de miroir, sans doute pertinent ? Nonobstant l'exécution combien habitée des présents interprètes, « cette sublime marche funèbre sur les ruines d'une ville et d'un théâtre bien-aimés », selon Antoine Goléa (in ''Richard Strauss'', Flammarion, 1965), n'y gagne pas nécessairement en immédiateté. Non plus qu'en séduction sonore quant à son lyrisme profond et désolé à travers un vertigineux processus de tension-relâchement.

Au final, si la proposition séduit par ses exécutions immaculées de la part des musiciens de l'Orchestre de Paris, finesse des cordes, beauté de vents, elle ne laisse pas d'interroger. Le sous-titre du disque ''Chamber music works'' semble focaliser sur ce répertoire spécifique. Alors, il nous manque d'autres pièces dignes d'y figurer, telle la Suite op.4 pour 13 vents, sans doute plus intéressante encore que la ''Petite'' Sérénade de l'op.7, sans parler du Quatuor pour piano et cordes op.13. Sans doute la fin justifie-t-elle les moyens, autrement dit le souci d'alimenter la formation particulière qu'est Le OFF pour lequel ce programme a été bâti. Il n'est au demeurant assorti d'aucune indication sur l'analyse des œuvres jouées. La prise de son, dans une salle non précisée de la Philharmonie de Paris, possède un excellent relief.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • ''Métamorphoses : œuvres de musique de chambre''
  • Richard Strauss : Till Eulenspiegel, einmal anders! (transcription de Franz Hasenoehrl pour quintette cordes & vents). Sextuor extrait de l'opéra Capriccio, op.85. Sérénade pour instruments à vent en Si bémol majeur, op.7
  • Métamorphoses pour 23 cordes solistes (transcription pour septuor à cordes de Rudolf Leopold)
  • Le OFF, collectif de musiciens de l'Orchestre de Paris
  • 1 CD NoMadMusic : NMM100 (Distribution :[PIAS])
  • Durée CD : 58 min 34 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5) 


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Richard Strauss, Le OFF, Orchestre de Paris

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