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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les Sextuors de Brahms, deux sommets

Brahms String Sextets

Voici réunis les deux Sextuors à cordes de Brahms, fruits de sa période de jeunesse, qui placent d'emblée leur auteur au summum de l'inspiration. C'est que ce type de formation, qui élargit les voix graves du quatuor à cordes, enrichit singulièrement le langage musical chambriste. Les exécutions des présents interprètes s'inscrivent haut la main dans la lignée des grandes versions que connaît le catalogue. Une expérience rare de musique de chambre entre amis.

Avec ses sextuors, Brahms illustre un genre musical qui a connu peu d'exemples avant lui, si ce n'est Boccherini ou Spohr, mais fera des émules, Tchaïkovski, Dvorák ou Schoenberg. La richesse qu'autorise ce singulier dialogue à six, où sont doublées les voix graves du quatuor à cordes, il en fait son miel par de multiples combinaisons entre les trois groupes de deux, des violons, altos et violoncelles, pour des alliages sonores constamment renouvelés. Tout aussi remarquable est l'observance des proportions, qui imprime à ces œuvres un caractère profondément chambriste et ne cherche pas à les traiter comme un succédané d'orchestre. Le Sextuor à cordes N°1 op.18 en Si bémol majeur, écrit en 1859-1860, éblouit par sa fraîcheur d'inspiration, au point qu'on l'a appelé le ''Frühlingssextett'', le Sextuor du printemps. À l'aune de son vaste premier mouvement qui offre une profusion mélodique à travers ses trois thèmes, lyriques et plus rythmique pour le troisième, et un luxe d'associations instrumentales tout au long du développement. La présente équipe des quatre Balcea ''augmentés'' de Tabea Zimmermann et de Jean-Guihen Queyras, casting de luxe, jouant les autres alto et cello, en livre l'irrésistible jaillissement par une vraie souplesse dans le jeu. Elle magnifie l'Andante moderato qui suit, sur le schéma thème et variations. Le sombre thème de style populaire à caractère de marche est décliné de six manières différentes, sur le mode classique hérité de Haydn et de Mozart. Celles-ci sont menées successivement soit par un instrument, soit par un groupe de deux, sur un rythme variable, empruntant un ton lyrique tour à tour lumineux (la 5éme, ressemblant à une musette) ou mélancolique s'agissant de la dernière. Le scherzo est léger et joyeux, non sans une certaine vigueur ici, et même emporté dans une accélération prestissime à la reprise. Ce qui tranche avec le Trio au lyrisme déjà soutenu. Les Balcea & friends apportent au rondo final une forme de nonchalance avec une belle mise en valeur du cello I. Deux thèmes se partagent cet épisode, l'un paysan, à la Haydn, l'autre plus massif et articulé, qui seront travaillés avec un art consommé du contrepoint jusqu'à une coda brillante, d'une joie communicative sous les présents archets.  

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Tout aussi inventif, le Sextuor à cordes N°2 op.36 en Sol majeur (1866) est plus subtil dans son déroulement et d'un abord plus délicat. Faisant suite à d'autres œuvres chambristes comme les deux premiers Quatuors avec piano et le Quintette pour piano, le langage s'est complexifié, même si le ton général reste pastoral. L’œuvre s'ouvre par un Allegro ondulant à l'alto I traité comme un léger bourdonnement dans une ambiance toute de tendresse dans la nuance ppp et aux élans irrésistibles. Ce mode de bourdonnement caractérise le développement, s'acheminant vers quelque passage plus rythmé et presque orageux, même si le ton agreste reprend le dessus, jusqu'à une coda sostenuto intense. Suit un vrai-faux scherzo, curieusement en deuxième position, monothématique et d'essence lyrique. Le trio Presto grazioso contraste par son allure de valse rustique, bien rythmée ici et empoignant l'auditeur. De structure thème et variations, le Poco adagio développe un motif presque insaisissable, mélancolique, repris au fil de variations d'une étonnante audace harmonique pour l'époque. Le discours, là encore très inventif, se diversifie rythmiquement jusqu'à ce que la dernière reprenne le motif rêveur d'origine, soldant une conclusion très expressive, que les présents musiciens se font une fête de souligner. Ils s'emparent fièrement du Poco allegro, d'allure presque sautillante, à travers notamment un développement bondissant et une péroraison fuguée d'une indéniable virtuosité instrumentale, modèle de jeu engagé. 

Au final, ces exécutions généreuses et mesurées à la fois, possèdent un sens remarquable de l'équilibre entre les volumes. Les deux ''parties rapportées'' au Quatuor Balcea, Tabea Zimmermann et Jean-Guihen Queyras, se fondent idéalement dans un quatuor à la sonorité somptueuse. Le fini instrumental de ces musiciens hors pair, rompus à la pratique chambriste, rejoint une vision pleinement pensée où tout semble couler de source tant le geste est empreint de spontanéité. À noter que Zimmermann et Queyras alternent avec leur correspondant altiste et celliste dans le quatuor la partie de premier pupitre suivant chacune des deux œuvres. De la belle ouvrage.

La prise de son, dans l'une des salles du Konzerthaus de Vienne, offre une image large mais parfaitement proportionnée des six voix, d'un parfait naturel. Ce qui ajoute à la réussite artistique de cette version.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Johannes Brahms : Sextuors à cordes pour deux violons, deux altos et deux violoncelles N°1 op.18 & N°2 op.36
  • Tabea Zimmermann (alto), Jean-Guihen Queyras (violoncelle)
  • Balcea Quartet
  • 1 CD Alpha classics : Alpha 792 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée du CD : 75 min 54 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

CD disponible sur Amazon

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Brahms, coup de cœur, Tabea Zimmermann, Jean-Guihen Queyras, Balcea Quartet

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