PUBLICITÉ
  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : cantates baroques italiennes

La Lucrezia

Le contre-ténor Carlo Vistoli nous propose un voyage dans l'Italie baroque, entre Rome, Naples et Venise, les trois cités où se pratiquait au plus haut point de perfection le genre de la cantate profane. Haendel, Porpora et Vivaldi se partagent ici cet héritage riche de musique virtuose. Le trio de musiciens de l'ensemble Le Stagioni lui offre un magistral accompagnement.

La cantate profane est un genre très prisé des milieux aristocratiques italiens au début du XVIIIème, en raison de sa facilité d'exécution dans les palais quant à l'effectif instrumental restreint requis. Elle est susceptible d'être chantée par des voix aussi bien de femme que d'homme, contournant l'interdiction papale faite à ces dames de se produire en public. Le jeune Haendel l'a compris qui, peu après son arrivée à Rome en 1706, se lance dans la composition de plusieurs œuvres de ce type. La cantate La Lucrezia, HWV145, écrite en 1709, demeure la plus célèbre. Sur un texte de Benedetto Pamphilj, cardinal de son état, y est traité le thème des tourments d'une femme, Lucrèce, abusée par le soldat romain Tarquin, criant vengeance et ne voyant pas d'autre issue que le suicide. C'est une sorte d'opéra de chambre en trois épisodes organisés autour d'arias : l'une Adagio et intériorisée, Lucrèce en appelant le ciel à témoin, puis la seconde Allegro, bardée de vocalises, crachant ses invectives envers celui qui l'a outragée, et la dernière, faite d'une succession de plusieurs tempos, à l'aune de sentiments partagés entre désespoir et résolution vers une fin tragique. La musique en est extrêmement différentiée, offrant à l'interprète matière à faire étalage de ses talents et bien sûr à briller. Il en va encore, même si de manière moins démonstrative, dans les deux autres pièces haendéliennes du programme. La cantate ''Ninfe e pastori'' HWV 139b est conçue sur le mode plus léger, presque joueur, au fil de ses trois courtes arias. Et la cantate ''Deh, lasciate e vita e volo'' HWV 103 (Ah, épargne la vie et le vol) décrit une ambiance mélancolique pour illustrer un texte métaphorique de la femme comparée à un oiseau pourchassé par des chasseurs. Elle est constituée de deux arias larghetto séparées par un bref récitatif.

LA SUITE APRÈS LA PUB

C'est à Naples que Nicola Porpora va officier comme compositeur et maître de chant ayant formé quelques castrats célèbres comme Farinelli ou Caffarelli. On lui doit une douzaine de cantates. Ainsi de ''Oh, se fosse il mio core'', de 1735 (Ô, si mon cœur était libre), sur un texte de Metastasio. La cantate offre un schéma quadripartite récitatif-aria-récitatif-aria. Pour traiter le thème du refus de céder à un autre par un cœur déjà pris, l’œuvre fait se succéder un premier air affetuoso avec solo de viole de gambe, requérant beaucoup de legato dans les arabesques de la voix, et un second dans une dynamique syncopée et des traits hyper virtuoses. 

À Venise, Antonio Vivaldi est le musicien prolixe que l'on sait. Au sein de son immense production, la cantate profane est aussi présente, livrant une facette intimiste du Prete rosso. L'une de celles-ci ''Pianti, sospiri e dimandar mercede'' RV 676 des années 1730 (Larmes, soupirs et supplications) observe également le découpage en quatre parties. La première aria est un Larghetto plein de légèreté, celle de la brise légère, versant rapidement dans une section plus agitée, le déchaînement des vents. La dernière aria est rapide, sur le mode ''di tempesta'' avec cascades de vocalises ininterrompues, dignes de bien des arias qu'on rencontre dans les opéras vivaldiens, et terminant en feu d'artifice.

Le contre-ténor Carlo Vistoli, lauréat du Jardin des voix 2015 de William Christie, mène depuis lors une solide carrière auprès de chefs comme Gardiner (Monteverdi), Marcon (Haendel), García-Alarcón (Cavalli) et prochainement Jaroussky (dans Giulio Cesare au TCE). Outre la beauté intrinsèque du timbre, on apprécie le soin apporté aux ornementations, que ce soit dans le registre de la douceur ou celui de la force, et le souci de l'expressivité. Les trois musiciens de l'ensemble Le Stagioni dispensent un accompagnement accompli quoique empreint de discrétion ; Marco Frezzato (violoncelle), Simone Vallerotonda (théorbe) et Paolo Zanzu (clavecin), qui assure également la direction. Ils sont enregistrés dans une ambiance agréable mettant bien en valeur la voix.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • ''La Lucrezia''
  • Georg Friedrich Haendel : Cantates ''La Lucrezia'', HWV 145, ''Ninfe e pastori'', 139b, '' Deh, Lasciate e vita e volo'', HWV 103
  • Nicola Porpora : cantate ''Oh, se fosse il mio core'', S. 74
  • Antonio Vivaldi : cantate profane ''Pianti, sospiri, e dimandar mercede'', RV 676
  • Carlo Vistoli, contre-ténor
  • Le Stagioni, clavecin et dir. Paolo Zanzu
  • 1 CD la Música : LMU 29 (Distribution : [Integral])
  • Durée du CD : 60 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

CD disponible sur Amazon 

LA SUITE APRÈS LA PUB

Autres articles pouvant vous intéresser sur ON-mag et le reste du web



Vivaldi, Haendel, Porpora, Carlo Vistoli, Le Stagioni, Paolo Zanzu

PUBLICITÉ

Abonnez-vous à notre newsletter

 

ON-mag fait partie de Coopetic Medias SIC-SA à capital variable, immatriculée au RC Paris, n° 80457246900018
Informations légales, contacts, rédaction, publicité, cookies, signaler un abus