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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les transcriptions par Liszt de Schubert et de Wagner

Diaktine Liszt

Jean-Nicolas Diatkine nous convie à un passionnant voyage parmi les transcriptions commises par Franz Liszt de Lieder de Schubert et d'extraits d'opéra de Wagner. En guise de transition, il joue la Deuxième Ballade, empreinte de dramatisme opératique.

« Liszt, la maître du théâtre pianistique », selon la belle formule du pianiste, est passé maître dans l'art de la transcription. On connaît celles qu'il a écrites à partir de morceaux extraits des opéras de son contemporain Richard Wagner. Au sein de ce « macrocosme », où le génie du piano romantique s'affaire à tirer la substantifique moelle, quoique agrémentée de sa propre vision, Jean-Nicolas Diatkine a choisi quatre pièces. ''Isoldes Liebestod'' (La mort d'Isolde) bien sûr et d'abord. L'accompagnement dans le grave du piano décrit à lui seul tout l'orchestre prestigieux de son auteur, tandis qu'à la main droite revient le chant de l'épouse éplorée mais aux portes de la transfiguration. Au point culminant, cet accompagnement en vient presque à envahir la ligne de chant. Est-ce le fait de la faconde du transcripteur ou celui de la vision de l'interprète vaincu par pareille audace ? ''Elsas Brautzug zum Münster'' (Le rêve d'Elsa), extrait de Lohengrin, là où encore le chant est dévolu à une main droite cristalline, dans un surprenant raccourci entre début et fin du morceau d'origine, est une libre adaptation par Liszt de la pensée de son collègue et ami. Il en va de même du ''Pilgerchor'' (Chœur des pèlerins) tiré de Tannhäuser, calqué sur l'ouverture de l'opéra, où la montée en puissance et en harmoniques est censée traduire à la fois le chant et l'orchestre, ce qui est merveilleusement réussi, jusqu'au decrescendo final. Enfin la ''Feierlicher Marsch zum heiligen Gral'' (La marche solennelle ver le Saint Graal) de Parsifal porte au jusqu'au-boutisme la manière dont Liszt fait sien l'idiome wagnérien. Car il fait là œuvre originale à partir de plusieurs Leitmotive du ''Festival scénique sacré'' : musique de transformation et ses appels de cloches du Ier acte, entrecoupée d'emprunts au monologue de Gurnemanz et à la cérémonie du dévoilement du Graal, ou encore à l'intervention d'Amfortas dans ce même acte. Le morceau est démonstratif dans son traitement thématique et dynamique avec des écarts faramineux d'intensité, quoique s'achevant dans le pianissimo.

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On entend moins souvent les arrangements que Liszt a commis de Lieder de Schubert. « La fusion entre Liszt et Schubert est celle de deux extrêmes », dit le pianiste, et il en « surgit un 3ème élément dont la présence est immanente : le texte chanté ». Comment le monde si intime de Schubert s'accommode-t-il du riche univers lisztien qui vise parfois la « performance d'acrobate » ? Diatkine préfère y voir « l'audace d'un magicien qui emmène l'interprète vers des expériences inédites de sonorité et joue avec la pédale pour créer de légères dissonances ». Dans ''Gretchen am Spinnrade'' (Marguerite au rouet) D 118, le crescendo prend une allure furieusement orchestrale, au-delà de la désespérance exprimée dans le Lied. À l' ''Ave Maria'' D 839, le partage des voix est comme inversé par rapport aux canons habituels : le chant à la main gauche, l'accompagnement à la droite. Avec ''Erlkönig'' (Le roi ses aulnes) D 328, le drame implacable de ce poème à quatre personnages, réduit au seul médium du clavier, est concentré à la fois dans les thèmes assénés et leur accompagnement en un puissant grondement. La voix de l'enfant, confiée au registre aigu du clavier, presque délicate, tranche avec celle du père, d'une rare férocité. Les dernières pages sont au-delà même de l'effroi, jusqu'aux terribles deux accords finaux. Diatkine ajoute les transcriptions de quatre Lieder extraits du Schwanengesang (Le chant du cygne) D 957 : ''Liebesbotschaft'' (Message d'amour), ballade poétique où affleure la magique modulation schubertienne, puis ''Ständchen'' (Sérénade) ou la simplicité retrouvée de la belle mélodie, à travers diverses métamorphoses. Les déchaînements du géant de ''Der Atlas'' sont traduits dans l'extrême grave de l'instrument, là encore telle la métaphore d'un déferlement quasi orchestral par rapport au poème d'origine. Comme si le chant était transcendé par quelque génie supérieur unissant voix et piano, singulièrement au profit de ce dernier. Enfin ''Der Doppelgänger'' (Le sosie) voit le mystère étouffant émanant du Lied restitué dans un crescendo angoissant dans ses saisissantes harmoniques.

La Ballade N°2, inspirée du mythe grec de Héro et Léandre et de leurs amours tragiques est le lieu d'une musique on ne peut plus dramatique. L'introduction sombre et impétueuse plante le décor venteux de l'estuaire du Pont, nantie de fabuleux crescendos et autre déferlement d'arpèges et accords en rafales majestueux ou agressif. Viennent les moments de bonheur idyllique, lune de miel comme éternelle, lors d'un passage médian lyrique. Puis l'amoncellement de prémices orageuses en de vastes crescendos d'une main droite virtuose, dégénérant en tempête qui rejettera le cadavre de l'aimé. La pièce se termine apaisée par la mort de l'héroïne. Cette musique descriptive, Diatkine la prend à bras le corps, comme il en va des autres pièces de ce programme. Car celui qui fut d'abord accompagnateur de chant, devenu concertiste, ne ménage pas un jeu emphatique, à la limite parfois de la dureté, faisant un usage généreux de la pédale de forte. Respectant en cela les indications de Liszt, notamment quant à la tenue des basses. Il faut dire que l'instrument joué, un piano allemand de Schiedmayer de 1916, restauré par Laurent Bessières, accordeur référent à la Philharmonie de Paris, possède « une richesse du timbre » qui « inclut tous les instruments de l'orchestre », dont des graves somptueux, amples et éclatants, retentissants presque lorsque joués ffff, telle une basse d'orchestre, et des aigus très cristallins, presque percussifs.

La prise de son au Studio Riffx N°1 à La Seine musicale procure une image très immédiate, accentuant ce que le piano peut avoir de résonance dans le grave.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Franz Liszt : Transcriptions de Lieder de Schubert et d'opéras de Wagner. Ballade N°2
  • Jean-Nicolas Diatkine, piano
  • 1 CD Solo musica : SM 399 (Distribution : Naxos)
  • Durée du CD : 75 min 13 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)


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Schubert, Wagner, Liszt, Jean-Nicolas Diatkine

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