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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Alexandre Kantorow joue les Concertos pour piano Nos 1 & 2 de Saint-Saëns et quelques raretés

Saint Saens Kantorow

Cet album est le second volet, généreux (+ de 85 min), de l'intégrale des concertos pour piano de Saint-Saëns, joués par Alexandre Kantorow, sous la direction d'un violoniste chef d'orchestre qui lui est cher. Il associe les concertos Nos 1 & 2 et, chose plus rare, quatre autres pièces concertantes écrites par le musicien durant ses dernières années créatrices. On y admire sans réserve le jeu svelte, racé et maniant un sens aigu des contrastes du jeune pianiste comme un art consommé de faire sonner son Steinway D.

Le Concerto pour piano et orchestre N°1 en Ré majeur op.17 (1858) est une œuvre d'une belle vigueur, quelque peu dans l'influence de Mendelssohn et maniant le procédé dit cyclique en matière de thématique. Cortot dira qu'il y « règne déjà un ton de détermination, un accent de maîtrise encore indistincte mais certaine ». Il s'ouvre par un appel de cor précédant l'entrée du soliste, lequel adopte rapidement une allure décidée. Le développement, s'il ne manifeste pas une très grande inventivité, n'en est pas moins soigneusement écrit pour l'instrument comme pour l'accompagnement d'orchestre. S'y affirme déjà la place essentielle de ce dernier dans l’œuvre concertante du musicien. Ce que les deux présents interprètes, fils et père, conçoivent à part égale. La palette du clavier d'Alexandre Kantorow est large et le jeu raffiné dans sa ductilité. L'Andante sostenuto quasi adagio, la partie la plus originale du concerto, débute dans la sérénité. À la suite de Saint-Saëns, qui évoque la forêt de Fontainebleau, on y a vu une évocation de la nature, notamment dans l'écriture pour les bois et surtout quant à la partie soliste. Ce que Kantorow soutient dans une sorte de soliloque intime et combien expressif. On est proche d'une atmosphère ''impressionniste''. L'Allegro con fuoco combine virtuosité et grand ambitus lyrique. Là encore le piano du jeune français s'avère souple comme la plume, fluide telle l'eau pure et vigoureux sans être agressif. Là où Jean-Jacques Kantorow prodigue un soutien d'une musicalité toute de tendresse.

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Le Concerto pour piano N°2 en Sol mineur op.22 (1868) offre cette originalité de ne pas comporter de mouvement lent, ses trois parties se succédant sur un rythme de plus en plus rapide. Une cadence ouvre l'Andante sostenuto, qui fait penser à une improvisation d'orgue, un instrument que pratiquait aussi Saint-Saëns. Alexandre Kantorow le prend large, sans excès de grandiose. Le dialogue piano-orchestre est tour à tour d'un doux lyrisme et orageux, flattant tous les registres du clavier, dont des basses bien résonantes. Les passages solos sont empreints d'un pianisme délicat et résolu. L'accompagnement d'orchestre de Jean-Jacques Kantorow dépasse le rôle de simple faire-valoir, notamment dans le registre ppp. L'Allegro scherzando possède une légèreté elfique dans ses dernières pages aériennes, digne du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn. Le basculement dans le thème plus balancé n'est pas souligné et le geste prend une vraie délicatesse : rien d'appuyé, non plus qu'à l'orchestre. Le trio est tout aussi ''liquide''. Dans sa forme de tarentelle italienne, le Presto final étale sa ritournelle agitée, bourrasque d'orchestre, fin enroulement au clavier. Le pianiste français émerveille par la limpidité de son jeu. Non que les traits virtuoses ne soient pas au rendez-vous, particulièrement à la conclusion. Voilà une interprétation qui se mesure favorablement à celle de son collègue Bertrand Chamayou.

Outre ses cinq concertos, Saint-Saëns a encore composé d'autres pièces concertantes pour le piano. La Valse-Caprice ''Wedding cake'' op.76 (1885) est un concertino dont la musique est tour à tour pressée ou alanguie, tendre ou espiègle. Les Kantorow jouent main dans la main et avec esprit ce petit bijou de pièce divertissante. L'Allegro appassionato op.70 (1884), conçu à l'origine pour piano seul, est un rondo pourvu d'un thème refrain. Le morceau fait penser à Liszt par sa virtuosité, qu'Alexandre Kantorow ne cherche pas à tirer vers le démonstratif. La partie médiane, une cadence d'une grande douceur, tient lieu de trio au sein d'un scherzo. La Rhapsodie d'Auvergne op.73 (1884) juxtapose divers thèmes populaires, ce qui était nouveau à l'époque, mais fleurit ensuite chez des compositeurs comme d'Indy, de Séverac ou Canteloube. On y rencontre un ranz des vaches ou une chanson dite ''de lavoirs'' au son d'un hautbois nasillard. Les climats sont étonnamment diversifiés au cours de ces dix minutes de musique, une des préférées de son auteur. Enfin la fantaisie pour piano et orchestre Africa op.89 (1891) donne dans la veine orientaliste. Cette sorte de carte postale musicale très colorée distille des mélismes nord-africains ou égyptiens aux rythmes entraînants, comme il en est des passages dansés de Samson et Dalila. Elle fait la part belle au soliste dans des tempos majoritairement rapides. Ce que Kantorow défend avec un indéniable brio. 

L'enregistrement au Tapiola Hall d'Espoo (Finlande), résidence de l'orchestre, offre une large image mais bien proportionnée, dans une acoustique aérée. Le piano n'est pas exagérément mis en avant, pour un confort d'écoute fort séduisant.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • Camille Saint-Saëns : Concertos pour piano N°1 op.17 & N°2 op.22
  • Valse-Caprice ''Wedding Cake'' pour piano et cordes op.76. Allegro appassionato op.70. Rhapsodie d'Auvergne op.73. Africa, op. 89
  • Alexandre Kantorow, piano
  • Tapiola Sinfonietta, dir. Jean-Jacques Kantorow
  • 1 CD Bis records : Bis-2400 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée du CD : 85 min 02 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

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Camille Saint-Saëns, Alexandre Kantorow, Tapiola Sinfonietta, Jean-Jacques Kantorow

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