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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

DVD d'opéra : Barbe-Bleue d'Offenbach

BarbeBleue

Voici la captation de la fameuse production lyonnaise de l'opéra bouffe Barbe-Bleue d'Offenbach. Qui par sa qualité de prise de vue, détaille à l'envi la régie millimétrée de Laurent Pelly. Dont on avait souligné le regard sans complaisance lors de la représentation au printemps 2019, mais que cette saisie par images choisies installe dans un univers plus près du clin d’œil amusé que du trait caustique, se révélant sensible et jamais vulgaire. 

La délirante pochade conçue par le tandem Meilhac et Halévy, joliment mise en musique par Offenbach, est placée ici sous le signe du fait divers. À l'aune de ces coupures de journaux de presse régionale et à sensation où fleurissent des titres comme ''L’inquiétude plane au-dessus du village'' ou encore ''Le mystère s'épaissit'', entourant la place du bourg façon cour de ferme, ou plus tard la salle d'apparat du palais d'un roi farfelu et hystérique appelé Bobèche. Pourtant cette façon parodique, qui s'en prend lestement au conte de Perrault, ne finira pas mal, puisqu'aussi bien tous les ''morts'', la Sixième femme Boulotte, son fiancé le Prince Saphir, et Barbe-Bleue lui-même, ne le seront pas vraiment. Car tout finit plutôt dans la bonne humeur, au pire avec une sérieuse dose d'humour. Au-delà, c'est le triomphe de la femme rusée, car la paysanne Boulotte, pas si niaise qu'il y paraît et dotée d'un revigorant bon sens, retourne la situation à son avantage et terrasse même le prétendu invincible surhomme à la barbe d'azur. 

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BarbeBleue 2
Acte I Yann Beuron/Barbe-Bleue ©Stofleth

On savoure de manière presque gourmande la régie extrêmement détaillée de Pelly, qui pour sa onzième incursion en territoire offenbachien, prouve qu'il n'est pas en reste d'imagination et a encore plus d'un tour dans son sac. Ainsi de cette arrivée façon truand de Barbe-Bleue en limousine noire, dans laquelle il enfournera sans ménagement la pauvre Boulotte. Ou cette salle de torture en sous-sol, bardée de tables d'expérimentation, où sévit le chimiste Popolani, et cernée d'immenses portes de glacière d'où vont ''réapparaître'' les cinq précédentes conquêtes de l'ogre à la barbe bleue, émergeant d'une sorte de salon douillet, toutes de rose vêtues et presque frémissantes d'amour. Quant à la salle du palais où se morfond l'hypocondriaque Bobèche, elle est l'écrin, volontairement enluminé de costumes chatoyants, d'une régie d'acteurs virtuose : alignement de courtisans courbant l'échine sous la férule d'un surintendant obséquieux et plus que dévoué, cohorte des invités richement apprêtés, qui le moment venu, s'ordonnent en cadence pour la procession des noces. On mesure là le travail d'orfèvre sur les chœurs. Pas un individu qui ne soit magistralement typé, villageois plus vrais que vrais, mais à qui on n'en remontre pas, invités royaux à la suffisance affichée. Le film détaille avec emphase ces gestes naturels ou empruntées, ces mimiques d'automates qui déchaînent le sourire. Le clou étant l'épisode dit du baisemain que tout un chacun est conduit à faire au souverain, dans un tempo calqué sur la musique elle-même. Le regard de Pelly auquel rien n'échappe, n'épargne pas les personnages et leurs travers, joliment scrutés. Ce que la caméra se fait un délice de détailler par des gros plans habilement choisis : des yeux malicieux chez l'impétrante Boulotte pourtant conduite à la sixième séquestration finale, cette bouche tordue de morgue chez un roitelet décidément empêtré dans ses contradictions, cette manière hautaine chez un Barbe-Bleue et son inconséquence, ces regards entendus s'agissant de ceux qui tirent les ficelles (Conte Oscar), ou retournent leur veste pour la bonne cause (Popolani). La prise de vue apporte indéniablement une dimension supplémentaire au spectacle, par ce souci du détail, si essentiel pour Pelly, qui pourtant ne se veut pas méchant, juste ironique.

BarbeBleue 3
Acte III Aline Martin/Reine Clémentine, Christophe Mortagne/Roi Bobèche, Jennifer Courcier/Fleurette, Carl Ghazarossian/Prince Saphir (à terre) ©Stofleth 

De ce monde détraqué, parodique, voire érotique selon lui, il fait évoluer un cast pareillement réglé comme mécanique d'horlogerie. Singé en Kim Jong-un, crâne semi rasé à l'arrière, barbe plus croque-mitaine que réellement effrayante, parka et lunettes noires, Yann Beuron campe un Barbe-Bleue de stature, au charme vénéneux. Incorrigible polygame, qui découvrant Boulotte, s'extasie "C'est un Rubens". Juste cynique lorsque s'adressant à son chimiste Popolani, il lance ''Moi je les réveille, toi tu les endors''. Mais le portrait sait éviter la charge. Héloïse Mas, Boulotte, possède un bel abatage, de la niaiserie feinte de l'enjôleuse à la femme fragile face aux entreprises mortifères, puis vengeresse, sonnant la révolte des épouses, comme sa collègue Ariane dans l'opéra de Dukas. Le Popolani de Christophe Gay, doté de cette pointe de préciosité inhérente au genre bouffe, offre un baryton basse bien sonore, comme le Comte Oscar de Thibault de Damas, modèle d'opportuniste par cette devise : ''C'est sans savoir où j'allais que je suis arrivé à diriger les autres''. La Fleurette de Jennifer Courcier, joli minois, pleine d'esprit, offre un soprano fluide. Et le Bobèche de Christophe Mortagne est délirant à force de fausse méchanceté exacerbée, d'inconséquence plus ou moins contrôlée. Une mention particulière aux Chœurs de l'Opéra de Lyon, d'une parfaite drôlerie. Michele Spotti dirige avec un zest certain, même si la battue manque parfois de subtilité dans la foison de rythmes scandés de la musique d'Offenbach, qui conduisent à bouler le texte parfois jusqu'à l'onomatopée.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Jacques Offenbach : Barbe-Bleue. Opéra bouffe en trois actes et quatre tableaux. Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
  • Yann Beuron (Barbe-Bleue), Héloïse Mas (Boulotte), Carl Ghazarossian (Prince Saphir), Christophe Gay (Popolani), Thibault de Damas (Comte Oscar), Christophe Mortagne (Roi Bobèche), Jennifer Courcier (Fleurette), Aline Martin (Reine Clémentine), Dominique Beneforti (Alvarez), Sharona Applebaum (Heloïse), Marie-Eve Gouin (Éléonore), Alexandra Guerinot (Isaure), Pascale Obrecht (Rosalinde), Sabine Hwang-Chorier (Blanche)
  • Chœurs de l'Opéra de Lyon, Karine Locatelli, cheffe des chœurs
  • Orchestre de l'Opéra de Lyon, dir. Michele Spotti
  • Mise en scène et costumes : Laurent Pelly
  • Adaptation des dialogues : Agathe Mélinand
  • Décors : Chantal Thomas
  • Lumières : Joël Adam
  • Collaboration à la mise en scène : Christian Räth
  • Collaboration aux costumes : Jean-Jacques Delmotte
  • Film director : Vincent Massip
  • Sound productor : Raphaël Mouterde
  • Production musicale : Neil Hutchinson
  • Producteur exécutif : Jeremy Wilkinson
  • 1 DVD Opus Arte / Telemondis : OA1336D ( Distribution : Distrart music)
  • Durée du DVD : 123 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5) 

DVD et Blu-ray disponibles sur Amazon 

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Jacques Offenbach, Thibault de Damas, Chœurs de l'Opéra de Lyon, Orchestre de l'Opéra de Lyon, Laurent Pelly, Yann Beuron, Héloïse Mas, Carl Ghazarossian, Christophe Gay, Christophe Mortagne, Jennifer Courcier, Aline Martin, Dominique Beneforti, Sharona Applebaum, Marie-Eve Gouin, Alexandra Guerinot, Pascale Obrecht, Sabine Hwang-Chorier

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