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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : une opérette d'Albert Roussel

Roussel TestamentTanteCaroline

Le marin musicien Albert Roussel attendit la grande maturité pour se lancer dans le genre léger. Loin des fastes orientalisants de son opéra-ballet Padmâvatî ou des mélismes symphoniques du Festin de l'araignée, la pochade intitulée le Testament de la Tante Caroline révèle une face peu connue de son génie musical. Le présent enregistrement en restitue toute l'exubérance.

Inspiré d'une pièce de Maupassant ''L'héritage''(1884), le livret d'un certain Nino, pseudonyme de Michel Veber, est une farce loufoque dont la fantaisie se retrouve dans la partition de Roussel. Mal accueillie lors de sa création parisienne en 1937 à l'Opéra Comique, elle sera remaniée posthume pour être condensée en un acte, grâce aux bons soins de Marcel Mihalovici (1964). Le sujet peut se résumer comme suit : la Tante Caroline lègue sa fortune à la première de ses trois nièces qui enfantera. Ce moyennant un délai d'un an à compter du trépas, faute de quoi l'héritage sera dévolu à l'Armée du Salut. Or, des prétendantes, Christine, Noémie et Béatrice, les deux premières quoique mariées, n'ont point d'héritier, leurs époux, Jobard et Ferdinand, n'ayant pas pu débloquer la situation. Quant à Béatrice, elle n'a pas de rejeton puisqu'entrée dans les ordres. On tente bien d'inventer un stratagème du côté de Christine et de Noémie, pour contourner les dernières volontés de la tante, en se procurant un bébé avec la complicité d'une infirmière peu regardante, mais le pot aux roses est découvert. Coup de théâtre : le chauffeur de la richissime parente, Noël, s'avère être l'enfant caché de la pécheresse Béatrice. Celle-ci est donc déclarée la juste héritière. Et son fils Noël retrouve donc sa mère et semble pouvoir empocher un jour la fortune de Tante Caroline.

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Albert Roussel a doté ce livret bien ficelé, aux dialogues truffés de bons mots, d'une musique finement complexe, pleine d'esprit, souvent bondissante, toujours très nuancée. Avec une orchestration savante mais raffinée, bourrée de traits cocasses, singulièrement dans l'utilisation des bois. On ne compte pas les morceaux bouffons. Tel le premier ''chœur des héritiers'' faussement émus. Ou le ''trio de l'enterrement'', hilarant à force d'onomatopées. Les ensembles sont fort bien troussés, comme celui de ''l'ouverture du testament'' : empressement factice des héritiers, gourmands d'envie lors de l'énumération des biens de la défunte, le tout à un rythme endiablé. De même, le finale de la Ière partie, de ''l'attaque du testament'' sur une musique saccadée et volontairement en brouillamini dans le travail des cordes rehaussées de cuivres désopilants. On retient aussi quelques airs, comme celui de Béatrice ''C'était un gars de la Bretagne'' et qui conclut sur ''nous avons péché''. Il précède le ''duo de l'interrogatoire'' par le notaire, Me Corbeau. Ou encore le joli air naïf de Noël. Tout finit bien pour lui, car il épouse la bonne Lucile et nul doute un bout de la fortune de la tante, en un finale où le mot ''Noël'' est lancé par toute la compagnie en un refrain carillonné.

L'interprétation de ce qui semble avoir été une exécution de concert mis en espace, propose une troupe sympathique qui joue ce qu'il faut d'exagération, déchaînant l'hilarité de l'auditoire. Au fil des ensembles et des airs, on citera le notaire de la basse Till Fechner, d'une amusante agressivité, la servante Lucile de Marie Perbost, joli minois de soprano, le Noël vrai faux niais et bien chanté du ténor Fabien Hyon, et la Béatrice de Marie Lenormand qui, de son timbre aisé de soprano, confère à l'héroïne malgré elle une aura de sincérité. À la tête de l'Orchestre des Frivolités Parisiennes, le chef Dylan Corlay emmène tout cela avec un zest certain et un goût inné pour les mille trouvailles que renferme la partition de Roussel. L'enregistrement live au Théâtre impérial de Compiègne offre un bel équilibre voix-orchestre, et en plus les réactions hilares des spectateurs.

Texte de Jean-Pierre Robert   

Plus d’infos

  • Albert Roussel : Le Testament de la Tante Caroline. Opérette en trois actes. Livret de Nino, alias Michel Veber (Version en un acte de 1964 - édition Marcel Mihalovici)
  • Marie Lenormand (Béatrice), Marion Gomar (Christine), Lucile Komitès (Noémie), Aurélien Gasse (Jobard), Charles Mesrine (Ferdinand), Marie Perbost (Lucine), Fabien Hyon (Noël), Till Fechner (Maître Corbeau), Romain Dayez (Patogène)
  • Orchestre des Frivolités Parisiennes, dir. Dylan Corlay
  • 1 CD Naxos : 8.660479 (Distribution : Naxos / Outhere music France)
  • Durée du CD : 79 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile grise (4/5)

CD disponible sur Amazon


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Orchestre des Frivolités Parisiennes, Fabien Hyon, Albert Roussel, Marie Lenormand, Marion Gomar, Lucile Komitès, Aurélien Gasse, Charles Mesrine, Marie Perbost, Till Fechner, Romain Dayez, Dylan Corlay

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