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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Femmes compositrices - Le monde sonore de Rebecca Clarke

RebeccaClarke WorksForViola

Après Lili et Nadia Boulanger, Anne-Louise Brion de Jouy, Hélène de Montgeroult et Louise Farrenc, notre série des ''Femmes compositrices'' s'arrête sur Rebecca Clarke. Le présent CD est centré sur son œuvre pour l'alto, son instrument de prédilection. Une immersion dans un monde sonore fascinant qui puise ses racines dans la musique britannique et est influencée par les impressionnistes français. À découvrir.

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Rebecca Clarke (1886-1979), altiste et compositrice, a écrit essentiellement pour la voix et le genre chambriste. Ce dernier, elle le cultive autour de l'alto dont elle jouait à la perfection, après avoir étudié le violon, et pratiquait aux côtés des partenaires les plus illustres de son époque, Casals, Rubinstein, Heifetz. Elle était proche de musiciens comme Ravel, Hindemith, Walton ou Ernest Bloch. Sa passion pour l'alto lui vint des conseils de Charles Villiers Stanford, son professeur de composition au Royal College of Music de Londres. Elle mènera carrière d'abord en Angleterre puis aux États-Unis. La plupart de ses pièces de musique de chambre seront écrites dans ce dernier pays entre 1910 et 1941.

Lorsqu'elle compose, en 1918/1919, la Sonate pour alto et piano, Rebecca Clarke place en exergue de sa partition deux vers de La Nuit de mai de Musset « Poète, prends ton luth... ». La liberté d'écriture dissimule à peine l'influence française. Ses trois mouvements voient le plus lent placé en dernier. Le premier, Impetuoso, est lancé vaillamment par l'alto sur un accord prolongé du piano. Il sera partagé entre énergie et poésie, dans la partie d'alto singulièrement. On est proche du langage de Vaughan Williams mais aussi de l'univers de Debussy, dans une manière coulante et chantante, extrêmement séduisante. Vient un Vivace, sorte de court scherzo, introduit par le piano qui fait virevolter l'alto, lequel est joué dans le registre médian par d'agréables arpèges, tandis que le clavier tricote dans une manière toute française. Puis le discours se raidit sans pour autant perdre de sa légèreté. L'Adagio final, section la plus développée, introduit de nouveau par le piano, fait chanter l'alto de manière voilée puis de plus en plus lumineuse. L'influence de Debussy est manifeste, notamment quant à la partie de piano. Une section très calme ppp débouche sur un climax conquérant. Le mouvement se poursuit avec une variété d'idées inspirées, tour à tour agitées et assagies, toujours dans des harmonies attachantes. Les Two Pieces for Viola and Cello ont été écrites en 1916 : ''Lullaby'' offre un dialogue intime et profond, et ''Grotesque'' est contrasté dans sa rythmique vive, voire humoristique quant à son traitement en pizzicatos et jeu sul ponticello. On y dénote quelques relents stravinskiens.

Rebecca Clarke 
Rebecca Clarke ©DR 

L'album propose encore de plus courtes pièces pour alto et piano. Ainsi de Morpheus (1918), inspiré des Métamorphoses d'Ovide. Le ton est mélancolique dans un tempo Andante où l'alto est joué dans l'aigu. Chinese Puzzle (1921), arrangement par Clarke d'un original pour violon et piano, miniature d'un peu plus d'une minute d'horloge, offre des couleurs orientales qui ne sont pas sans faire penser à Ravel et à ses chères chinoiseries. Passacaglia, d'après un ''Old English Tune'' (1941), signale le style plus épuré de la dernière période créatrice de Rebecca Clarke. Basée sur un thème de Thomas Tallis, la pièce s'inscrit dans une solide tradition britannique. Irish Melody pour alto et cello, composé semble-t-il en 1918, retrouvé en 2015 et publié en 2020, d'après une mélodie irlandaise du XIXème, est en fait une adaptation chambriste d'un Song de Stanford.

Clarke a aussi écrit, en 1941, un trio pour violon, alto et piano, sous le titre de Dumka. D'un seul tenant, le morceau trouve son origine dans les dumkas instrumentales de Bohuslav Martinů que la musicienne admirait. Cette musique, qui s'inscrit dans le mouvement avant-gardiste de l'époque, est d'une grande liberté formelle à travers ses harmonies polytonales et remarquablement conçue pour les trois parties. Elle mêle habilement les rythmes, fiévreux au médian et presque sages à la fin.

L'altiste Vinciane Béranger, initiatrice du projet, sur les traces de sa lointaine prédécesseure, fait siennes ces merveilleuses pièces qu'elle pare d'un jeu chaud et perlé. Elle s'est entourée d'excellents partenaires, la pianiste Dana Ciocarlie, la violoniste Hélène Collerette et le celliste David Louwerse. La prise de son au Temple Saint-Pierre à Paris prodigue une acoustique agréablement résonnante et une image d'un relief certain. 

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Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • Rebecca Clarke : Œuvres pour alto
  • Sonate pour alto et piano. Deux Pièces pour alto et violoncelle. Morpheus pour alto et piano. Passacaglia (sur un Old English Tune) pour alto et piano. Irish Melody pour alto et piano. Chinese Puzzle pour alto et piano. Dumka pour violon, alto et piano
  • Vinciane Béranger (alto), Dana Ciocarlie (piano), Hélène Collerette (violon), David Louwerse (violoncelle)
  • 1 CD Aparté : AP 289 (Distribution : [Integral])
  • Durée du CD : 56 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

CD disponible sur Amazon


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Dana Ciocarlie, Hélène Collerette, Rebecca Clarke, Vinciane Béranger, David Louwerse, Femmes compositrices

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