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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Muriel Chemin interprète les Variations Diabelli de Beethoven

Muriel Chemin Beethoven

Pour la pianiste Muriel Chemin, jouer les Variations Diabelli de Beethoven est une « initiation », d'un ordre similaire au fait de s'emparer des 32 Sonates de piano. Sa version est à placer auprès des grandes au disque, de Brendel, de Pollini, pour ne citer que les plus récentes.

On connaît la curieuse histoire de cette œuvre : une commande passée par l'éditeur viennois Anton Diabelli à la crème des interprètes de l'époque, d'écrire une variation à partir d'un thème de valse de son cru. Beethoven n'étant pas homme à faire les choses à demi, en livrera 33 ! Qu'il écrira entre 1819 et 1823, aux côtés d'autres œuvres majeures de sa dernière phase créatrice, comme la Missa solemnis ou les trois dernières Sonates de piano. On remarquera que dans le vaste corpus que constituent les 33 Variations sur une valse d'Anton Diabelli, op.120 en Ut majeur, le terme allemand de ''Veränderungen'' signifie ''métamorphose'' et emporte l'idée de transformation. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : de « gigantesques synthèses extrêmement hardies, qui ont cependant réclamé la mise au point de nouvelles formes d'expression », selon Alfred Brendel (in ''Réflexions faites'', Buchet & Chastel, 1979), qui voit ici comme dans les ultimes œuvres, la « coexistence d'éléments opposés, une nouvelle forme de complexité contrebalancée par une nouvelle forme de naïveté... côte à côte une brusquerie et une nonchalance lyrique d'un genre nouveau ». Le thème de valse est, il faut le dire, d'une banalité telle que Beethoven l'a fustigé de ''Schusterfleck'' (pièce de cordonnier) pour signifier combien il la considérait comme de peu. Sa transformation de 33 manières différentes frôle pourtant le génie. 

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« Je n'imaginais pas que ce qui paraissait le moins difficile était en réalité terriblement complexe à rendre et tout ce qui semblait relativement ''simple'' était la clé de l'interprétation », souligne Muriel Chemin. Celle-ci se signale par le souci d'architecture d'ensemble. Car essentielle est la construction de l’œuvre, « basée sur la section d'Or, ce qui est fondamental pour l'unité de ces variations ». La vision est contrastée sans excès et s'attache à différentier le toucher selon les pièces, autant de facettes du thème. Il y a d'abord celles où Beethoven ironise (Variations 4, 6 ou 13, presque une moquerie) et va jusqu'au parodique (N°22) en s'emparant d'une citation à la mode, en l'occurrence un air de Leporello du Don Giovanni de Mozart, avec une façon cocasse d'utiliser la répétition d'un même et bref motif en roulades. Dans d'autres, Beethoven cultive l'art de la fugue (variations 14 et 32, celle-ci étant une sorte de cadence conclue par un point d'orgue interrogatif). Il y a bien sûr les morceaux rapides (N°10, 15, 19) ou proprement virtuoses comme les N°16 & 17, 21 et 23. On trouve des pièces plus graves, comme la 14ème et surtout la N°20 d'une profondeur abyssale, proche de l'Arietta de la Sonate op.111. À partir de la 25ème variation, Beethoven semble revenir au plus près du thème. Illusion, car dès la suivante et surtout dans la 27ème, tout s’emballe diablement dans un presto inouï, puis côtoie la fièvre à la N°28 et ses accords staccato avec l'indication sforzando. La dernière variation est un menuet en apparence sage, presque enjoué, qui enfin ramène au thème.

Ce qui fait tout le prix de cette version de Muriel Chemin reste, outre la fluidité du geste, le soin avec lequel elle considère chaque variation à la fois tel un morceau particulier et partie d'un ensemble. Même si comme on a pu le remarquer, « aucune des trente-trois variations ne raconte une histoire, mais chacune possède son caractère et ses tensions, et chacune confronte l'auditeur à quelque chose de nouveau et d'imprévisible » (Élisabeth Brisson, in ''Beethoven'', Ellipses, 2016).

La prise de son dans les studios du label Odradek capte le Steinway poche avec une excellente définition de ses divers registres.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • Ludwig van Beethoven : 33 Variations sur une valse d'Anton Diabelli, op.120
  • Muriel Chemin, piano
  • 1 CD Odradek : ODRCD 349 (Distribution : UVM Distribution)
  • Durée du CD : 57 min 54 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

CD disponible sur Amazon

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Ludwig van Beethoven, Muriel Chemin

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