PUBLICITÉ
  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Vivaldi versus Chevalier de Saint-George et leurs concertos de violon

Renaud Capucon Vivaldi

Renaud Capuçon met en regard deux maîtres du violon, Vivaldi et le Chevalier de Saint-George, association improbable, mais non en termes de technique violonistique virtuose. Si les Quatre Saisons du premier sont au centre du programme, comme la pochette du CD le proclame, les deux concertos du second sont plus qu'un complément. Et méritent peut-être, à eux seuls, l'écoute de ce disque.

Aussi commencera-t-on par eux. Outre ses talents d’escrimeur, ce qui lui doit d'avoir été nommé par Louis XV Chevalier de Saint George, Joseph Bologne était un violoniste réputé, au point de devenir violon solo du Concert des Amateurs en 1769, ancêtre du Concert Spirituel, et de diriger au Concert de la Loge Olympique, en 1781, la première des Symphonies parisiennes de Haydn. Comme compositeur, on lui doit plusieurs concertos de violon. Les deux présentés ici datent des années 1770. Ils se caractérisent par des harmonies et textures innovantes pour l'époque. Ainsi du Concerto de violon N°9 op.8 en Sol majeur, écrit pour les seules cordes. Il fait se succéder un énergique Allegro, doté d'une partie soliste imaginative, un Largo qui place l'entrée du violon après une longue introduction, pour un dialogue avec les cordes d'un parfait naturel. Lequel se renouvelle au médian dans un ton plus mélancolique, jusqu'à une mini cadence presque vivaldienne. Enfin un Rondeau preste dans des harmonies audacieuses, le violon solo tressant son chemin tel un primus inter pares. Le Concerto N°1 pour violon op.5 en Ut ajoute aux cordes deux cors et deux hautbois. L'Allegro sonne fourni. On n'est pas loin de Mozart. Le soliste prend vite le leadership. À l'Andante moderato, la mélodie du soliste s'écoule comme d'évidence. Un Rondeau conclut agréablement une œuvre qui n'économise pas l'expressivité, le soliste se voyant gratifié de fines ritournelles, enchâssé dans un vif accompagnement d'orchestre.

LA SUITE APRÈS LA PUB

Il devient osé d'enregistrer les Quatre Saisons de Vivaldi sur instruments modernes, tant il existe de versions dites historiquement informées portant haut le challenge et tutoyant la référence. Renaud Capuçon, qui dit avoir longtemps attendu pour les porter au disque, le fait maintenant avec l'Orchestre de chambre de Lausanne dont il a pris la direction artistique. Là est nul doute la raison de cette proposition. Il le fait avec panache et un sens musical sans défaut. Les tempos sont mesurés (Allegros initiaux des Concertos ''Le printemps'' et ''L'automne''). Quoique de temps à autre, le chef, plus peut-être que le violoniste, se lâche : allure prestissime du finale du Concerto ''L'été'', ritournelle très hachée de celui de ''L'Automne'', ou encore Allegro initial de ''L'Hiver'', boulé au ripieno, de même qu'au finale de cette même œuvre. L'Orchestre de chambre de Lausanne offre des cordes soyeuses et une symbiose irréprochable entre les différents pupitres. Question soliste, Renaud Capuçon prête à ces pièces si rabâchées sa maestria habituelle, sa sonorité solaire, même si la tentation est parfois grande de ''pousser'' la démonstration. Mais son orchestre le suit sans sourciller. On relèvera, entre autres moments de félicité : le Largo du Concerto RV 269 ''Le Printemps'', sur un ripieno scintillant, presque de climat hypnotique, le contraste savamment dosé entre une partie soliste lente et le preste ripieno à l'Adagio du Concerto RV 315 ''L’Été''. L'Allegro final ''la caccia'' (la chasse) bien articulé du Concerto RV 293 ''L'Automne''. Enfin un Concerto RV 297 ''L'Hiver'' offrant un soliloque du soliste sur un environnement désolé de cordes sul ponticello au premier mouvement, puis un Largo, une des merveilles de Vivaldi concertant, de son accompagnement frémissant, sertissant la géniale mélodie du violon. En somme, une exécution à l'adresse des fans du célèbre violoniste français.

La prise de son à la Salle Métropole de Lausanne, dispense une agréable balance soliste-orchestre, même si le violon est très mis en valeur dans Vivaldi.

Texte de Jean-Pierre Robert

Plus d’infos

  • Antonio Vivaldi : Concertos pour violon op.8 N°s 1 -4 ''Les Quatre Saisons''
  • Joseph Bologne, Chevalier de Saint-George : Concertos pour violon N°9 op.8 & N°1 op.5
  • Orchestre de chambre de Lausanne, violon et dir. Renaud Capuçon
  • 1 CD Erato : 5054197189722 (Distribution : Warner Classics)
  • Durée du CD : 74 min 38 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

CD et vinyle disponibles sur Amazon


Autres articles pouvant vous intéresser sur ON-mag et le reste du web



Renaud Capuçon, Antonio Vivaldi, Joseph Bologne, Orchestre de chambre de Lausanne

PUBLICITÉ

Abonnez-vous à notre newsletter

 

ON-mag fait partie de Coopetic Medias SIC-SA à capital variable, immatriculée au RC Paris, n° 80457246900018
Informations légales, contacts, rédaction, publicité, cookies, signaler un abus