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Périgueux du 8 au 9 août - Festival MNOP

Le festival MNOP (Musiques de la Nouvelle-Orléans à Périgueux) est désormais une institution. Né de la volonté de quelques-uns, qui avaient à coeur de célébrer une ville à qui ils avaient fourni un maire, périgourdin d'origine, à l'époque où la Louisiane était encore terre française, ce festival présente des musiques, blues, jazz, rock et autres, qui se jouent dans la ville du Croissant. Depuis la tragédie du cyclone Katrina, ce festival se double d'une solidarité envers la population, notamment noire et pauvre, de cette New Orleans martyre, qui fait plaisir à voir.

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Cette année, après des ateliers dans les quartiers, des projections d'un court-métrage de Marc Oriol sur les conséquences de Katrina, le festival MNOP s'ouvrait le 8 août dans le parc Gamenson, avec le concert de blues de Spencer Bohren. Guitare slide (lap steel guitar) posée sur les genoux ou guitare classique dans les bras, Spencer Bohren, d'une belle voix blues très facile à comprendre, d'autant qu'un traducteur présente les chansons en français, nous offre de touchantes ballades (« Long Black Line », « Cairo Blues ») bien écrites et très bien interprétées. Un blues où les influences country et baptistes sont facilement décelables. Du très bon blues.
Puis, c'est Don Vappie et ses Creole Jazz Serenaders qui montent sur scène. Don Vappie, le banjoïste du Lincoln Center Orchestra de Wynton Marsalis. Ils sont huit à nous donner un jazz des années 30, et même d'avant, mais avec des sonorités modernes d'aujourd'hui. Sont passés en revue des succès de King Oliver ou de Jelly Roll Morton, mais réagencés. Ainsi un blues de 1918 avec des accents funk ! « Sweet Georgia Brown », « Riverside Blues », « My Basket Has a Hole in It » obtiennent ainsi une nouvelle vie, actuelle. Les danses antillaises aussi (« Hey Là-Bas ») car le jazz, au départ, est également fortement créole. Puis ils jouent avec un cousin de Don Vappie, Plas Johnson, le sax de la Panthère Rose. Un magnifique « I 'm Just a Lucky So and So ». La soirée finira avec le bluesman Walter « Wolfman » Washington et ses Roadmasters, du blues très funk et très efficace.
Le lendemain, c'est le sextet de Red Morgan qui ouvre les hostilités. Le saxophoniste alto, flûtiste et chanteur de blues Morgan le Rouge, qui ne dédaigne pas, à l'occasion, de scatter avec toutes sortes de bruits étranges que sa gorge sait produire, nous embarque dans son voyage. Un «Little Red Rooster » de légende, celui de Willie Dixon, montre à tous que le blues peut être également hilarant. Imitations d'aboiements plus vrais que nature, alto caquetant comme une poule qui vient de pondre, ce blues à double sens salace fait tordre de rire le public.
Puis vient le concert qui va rester dans les mémoires incontestablement comme le grand concert vedette de ce festival 2008, celui de l'organiste Rhoda Scott et du sax ténor Plas Johnson. Avec simplement le soutien du batteur Lucien Daubat, ces deux artistes vont captiver le public et l'emmener graduellement vers un point d'incandescence tel que les gorges se serrent, les mots manquent, les bravos explosent en une standing ovation gigantesque. Rhoda Scott, pieds nus derrière son énergique orgue Hammond B3, Plas Johnson enveloppé dans le son suave et généreux de son sax et Lucien Daubat dans son drive inspiré de celui d'Art Blakey, nous séduisent (« Our Day Will Come », « I'm Just a Lucky So and So »). On n'échappe pas, bien sûr, à l'inéluctable Panthère Rose de Henry Mancini qui fit le succès mondial de Plas Johnson, mais, avantage du jazz, dans une autre version différente de celle de la veille. Et les standards défilent, de Duke Ellington (un « Caravan » mêlé de Tequila) à Frank Foster en passant par Ray Charles (« Georgia on My Mind », « Hit the Road Jack »). Plus le concert avance, plus Rhoda Scott se déchaîne sur son instrument diabolique, plus Plas Johnson, impassible, nous régale du son magnifique de son sax séducteur. Rhoda Scott est d'une générosité folle, donne, donne et redonne avec tendresse et humanité. Le public reçoit ce concert comme un cadeau et leur fait un triomphe, amplement mérité.
La soirée se termine avec du gospel très funky, dispensé par Nicole Slack-Jones et ses Soul Sisters. Du gospel très dynamique, très dansant, pourrait-on presque dire si le genre était profane.
Au total, un festival bien agencé, qui montre qu'en programmant autre chose que ce que programment les autres festivals, on peut très bien être efficace, donner à entendre de beaux concerts sans se croire obligé de n'être que des étapes pour les tournées d'été des artistes.

texte de Michel Bedin

www.mnop-festival.com

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